27 avril 2017

Accueil des migrants : zoom sur le camp de la Linière

Par L'équipe de l'école

Alors que l’Europe fait face depuis 2015 à une crise migratoire sans précédent dans l’histoire contemporaine, la France voit s’installer des campements de migrants autour de la frontière franco-britannique. Ces installations insalubres, abritant des personnes qui ont tout quitté dans l’espoir de conditions de vie meilleures, se sont muées en un camp humanitaire implanté sur la commune de Grande-Synthe.

Le camp de la Linière, c’est son nom, a brûlé, réduisant en cendres ce qui constituait alors un lieu d’accueil précaire mais exemplaire… Quelle est la situation à ce jour ?

solidarite avec les migrants

La crise des migrants

 
Depuis les années 2010, le nombre de migrants candidats à l’implantation en Europe augmente sensiblement. Ces populations, issues de pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud, migrent par la Méditerranée et les Balkans. Elles fuient tout particulièrement l’aggravation des conflits moyen-orientaux tels que la guerre civile syrienne.

Les migrants syriens affluent depuis 2015 par la Turquie et le Liban, pour échapper aux persécutions et à la mort. Les réfugiés payent des passeurs et gagnent l’Union européenne souvent au péril de leur vie. Face à cette véritable crise migratoire et humanitaire, de nombreux pays se mobilisent, de bon ou de mauvais gré, pour les accueillir. La Commission européenne met en place en septembre 2015 des quotas de répartition entre États-membres.

Pourquoi l’Angleterre ?

 
De nombreux migrants se massent autour de Calais et Dunkerque dans l’espoir de rejoindre l’Angleterre. Les raisons de cette farouche volonté, qui se paye cher et parfois de manière tragique, sont multiples. Les populations concernées parlent l’anglais et des membres de leur communauté vivent au Royaume-Uni.

D’autre part, les passeurs, qui leur extorquent beaucoup d’argent, entretiennent le rêve d’un pays de cocagne. Enfin, ils sont persuadés qu’atteindre l’Angleterre, qui accorde l’asile plus facilement que la France*, les protègera de toute expulsion. Notons que le phénomène, tout alarmant qu’il soit, demeure marginal à l’aune de la situation globale en France, où les réfugiés acceptent majoritairement de rester.

Mais en octobre 2016, la « jungle de Calais », plus grand bidonville d’Europe, rassemble 11 000 personnes jusque-là éparpillées autour de la ville. Elle est démantelée par les autorités entre les 24 et 27 octobre.

* L’Angleterre accorde en moyenne l’asile à 40 % des demandeurs, contre 25 % pour la France.

Un camp humanitaire

 
Le 7 mars 2016 est inauguré sur le terrain dit de la Linière, appartenant à la commune de Grande-Synthe, un camp de réfugiés regroupant les personnes bloquées à la frontière franco-britannique. Construit par Médecins sans frontières et la ville, il abrite 1 200 migrants en janvier 2017, principalement des Kurdes d’Irak.

Camp aux normes internationales, il est constitué de 300 cabanons de bois de 8 à 10 m2, de sanitaires, cuisines collectives et espaces de sociabilité. Des soins médicaux sont prodigués par MSF, Médecins du monde, Gynécologues sans frontières et la Croix-Rouge.

Les enfants sont scolarisés dans la commune.Les 3,5 millions d’euros pour sa construction sont apportés par MSF et la ville, et depuis juin 2016, les frais de fonctionnement étaient pris en charge par l’État. La fermeture de la jungle, puis du camp du Basroch, provoquent un afflux de leurs habitants vers la Linière.

L’incendie : la fin du camp

 
Dans la nuit du 10 au 11 avril, un incendie détruit le camp, sans doute des suites d’une rixe entre Afghans et Kurdes. Treize blessés sont recensés, dont quatre par arme blanche.1 500 migrants se retrouvent sans abris. Ils sont accueillis en urgence dans cinq gymnases mis à la disposition par les communes avoisinantes. Des appels à la solidarité sont lancés,le Secours populaire apporte 15 000 euros et MSF son soutien logistique.

La Linière a échoué à éviter la violencecommunautaire et celle des passeurs ; mais il a réussi à sauver des populations de la boue, amener leurs enfants à l’école, apprendre le français aux adultes et a permis l’obtention du statut de réfugiés pour certains d’entre eux.

Le camp, qui était provisoire, ne sera pas reconstruit : le ministre de l’Intérieur demande que ses habitants soient relogés dans les centres d’accueil et d’orientation du pays.

Les CAO, qu’est-ce que c’est ?

 
Les habitants de la jungle de Calais, puis du camp de la Linière, sont répartis dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO), présents dans tout le pays.

Ces structures existent depuis 2015 et ont vocation à héberger temporairement (de un à trois mois) les migrants, puis les orienter, en cas de demande d’asile, vers les centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA).

Ils sont implantés dans des lieux inoccupés, tels que des centres de vacances ou d’anciens hôpitaux, et permettent aux occupants de bénéficier d’un suivi sanitaire, social et juridique.

Des enjeux complexes

 
Sur les 1 370 personnes recensées à la Linière avant l’incendie, 1 000 acceptentd’être relogées en CAO. Plusieurs centaines d’entre elles ont disparu, probablement cachées dans les environs et prêtes à reconstruire des campements de fortune.

Les ONG s’inquiètent du suivi médico-psychologique des ces personnes. Les migrants ont parfois perdu leurs papiers, souvent le peu qu’ils possédaient, et vivent dans la peur d’être arrêtés.De plus, ils sont nombreux à refuser de partir pour rester près de la frontière anglaise ; les associations et collectivités doivent faire preuve de persuasion pour lutter contre le discours des passeurs, qui les dissuadent de partir.

Selon une enquête menée par la FNARS*, 26 % des migrants qui ont accepté de se rendre en CAO quittent les structures… Le travail mené pour les convaincre a souvent biaisé la réalité.

* Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale, enquête en ligne, 2016.

Conclusion

 
La France s’est construite sur des principes fondateurs dont la fraternité n’est pas l’un des moindres. La crise migratoire confronte le pays, et plus largement l’Europe, à ses principes.

Le camp de la Linière a montré ses limites, mais aussi la force d’une volonté publique et d’organisations internationales à l’œuvre pour organiserune véritable action humanitaire. Les CAO sauront-ils prendre le relais et faire face à la situation ?
 
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