20 mars 2013

Génération pilules

Par Violaine Descroix

Une jeune femme de 25 ans victime d’un accident vasculaire cérébral porte plainte en décembre 2012 contre un laboratoire fabricant des pilules de 3e génération. Une trentaine d’autres femmes portent plainte à leur tour et l’affaire génère une forte polémique. S’agit-il d’un moment de panique ou d’un risque sous-estimé ?

Contraception orale : un peu d’histoire…

Le premier prototype de pilule apparaît en 1951 à Mexico. Alors que la France refuse la légalisation de la contraception, se crée en 1961 dans la clandestinité le premier centre de planification familiale à Grenoble. On y importe des pilules dont les vertus contraceptives ne sont pas mentionnées : les comprimés sont réputés régulariser les règles. En 1967, la contraception devient légale. En 1974, la pilule est remboursée par la Sécurité sociale et une nouvelle loi en légalise la délivrance aux mineures sans accord parental. Elle est gratuite depuis décembre 2012 pour les mineures de 15 à 18 ans.

Actuellement, la pilule est utilisée par 70,8 % des femmes de moins de 35 ans et 43,4 % des femmes âgées de 35 à 44 ans .

Comment ça marche ?

Il existe deux types de pilules :

– les pilules œstroprogestatives « combinées », contenant à la fois un œstrogène et un progestatif, dérivés synthétiques de deux hormones secrétées par les ovaires et impliquées dans le contrôle du cycle menstruel
– les pilules progestatives, contenant, comme leur nom l’indique, uniquement un progestatif

La majorité des contraceptifs oraux sont des contraceptifs combinés. La pilule offre une triple protection :

1. absence d’ovulation
2. épaississement de la glaire cervicale pour gêner la progression des spermatozoïdes
3. atrophie de l’endomètre (muqueuse utérine) empêchant la nidation de l’embryon

Pilules de 1ère, 2e, 3e et 4e « générations » : quelles différences ?

Selon le progestatif utilisé, on parle de 1ère (années 60), 2e (années 70 et 80), 3e (années 90) ou 4e génération. Ces générations comportent des dosages différents en œstrogènes. Les premières en sont plus fortement dosées, tandis que les plus récentes sont « minidosées ». Les pilules progestatives sont également classées selon la génération du progestatif et sont appelées micropilules. Chaque nouvelle génération est censée limiter les effets indésirables des générations précédentes.

Qu’en est-il de la réglementation ?

L’industrie pharmaceutique est très réglementée. Des essais cliniques à l’autorisation de mise sur le marché, de la pharmacovigilance aux contrôles, le système vise à connaître en permanence le rapport bénéfices/risques du produit et à réagir en cas d’évolution défavorable de celui-ci, même une fois sur le marché.

La pilule Diane 35, mise en cause par l’Agence du médicament, se distingue ainsi des autres par le fait qu’elle n’est pas officiellement une pilule contraceptive (bien que sa composition, à base d’hormones de synthèse, ait un effet inhibiteur de l’ovulation) mais un traitement contre l’acné

Des enjeux économiques ?

Les pilules de 3e et 4e générations divisent le secteur médical. D’un côté, la Haute Autorité de Santé (HAS) recommande aux gynécologues la non-prescription de ces pilules pour les nouvelles utilisatrices en première intention et, de l’autre, de nombreux gynécologues continuent de les prescrire, relativisant les craintes de la HAS. Toutefois, au cœur du débat, certains pointent les relations entre les laboratoires et les professionnels de santé impliquant des enjeux économiques.

Quels peuvent être les risques sanitaires ?

Dès les années 60, des risques d’accidents thrombo-emboliques ont été identifiés. Les potentiels effets secondaires des pilules de 1re génération sont la pilosité, l’acné, les problèmes de poids, les migraines, les nausées, le cholestérol. Et les pilules des générations 3 et 4 font courir un risque d’accident thromboembolique deux fois plus élevé que les pilules de 2e génération…

Quelles mesures ont été prises ?

La ministre de la Santé met en place un dispositif pour réduire la prescription des pilules de 3e et 4e générations, qui provoqueraient le décès de 20 à 40 femmes par an (NB : dès 2007, la Commission de transparence de la Haute Autorité de santé informait du risque de formation d’un caillot sanguin, plus susceptible de se produire dans les six mois suivants la première prise…). De plus, les médecins doivent être encouragés à déclarer systématiquement aux autorités sanitaires les effets secondaires rencontrés.

Quelle conclusion ?

L’actuelle polémique autour des pilules de 3e et 4e générations semble mener à plus de vigilance tant pour les professionnels de santé que pour les utilisatrices. Selon les métabolismes, toutes les pilules ne sont pas adaptées. La qualité de la prescription est donc prépondérante.


Vous prenez une contraception orale de 3e ou 4e génération ? Quelle a été votre réaction suite à cette crise ?

Une réponse à “Génération pilules”

  1. karyn@creche pour bebe dit :

    Intéressante, cette information. En effet, ça fait 2 ans que je prends la pilule et jamais eu de problème de ce côté là.

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