21 juin 2017

L’égalité des chances dès la petite enfance

Par Violaine Descroix

La question de l’égalité des chances se pose depuis la naissance. Cette prédétermination intervient en fait dès la première socialisation de l’enfant, avant la scolarité.

 

 

Rôle de la crèche et de l’école maternelle

 
En crèche, l’enfant découvre la vie en collectivité. L’équipe d’encadrement et d’animation s’appuie sur un projet éducatif. L’école maternelle accueille les enfants de 3 à 6 ans, avant l’obligation scolaire. Elle a pour rôle d’enseigner les premiers apprentissages. Les personnels des crèches comme ceux de l’école maternelle sont diplômés dans leur domaine d’expertise pour prendre en charge des enfants.

Ces structures ont vocation à favoriser la mixité sociale et à permettre à chaque enfant de partir « sur de bonnes bases » pour accéder à l’école primaire, mais les difficultés sont nombreuses.

L’égalité des chances se joue avant la maternelle

 
Le groupe de réflexion Terra Nova fait un constat sévère : à 4 ans, un enfant issu d’une famille pauvre a entendu 30 millions de mots en moins qu’un enfant de famille aisée. Il maîtrise aussi deux fois moins de mots en moyenne qu’un enfant de milieu favorisé, ce qui ralentira son apprentissage ultérieur de la lecture.

Des expérimentations effectuées dans d’autres pays

 
Aux États-Unis, des enquêtes similaires ont été réalisées à l’issue desquelles des dispositifs concrets ont été mis en place :

  • Le Perry Preschool Project, expérimenté en 1962, est un programme de préscolarisation intensif à destination d’enfants de 3 à 5 ans : sessions de lectures individualisées, jeux autour du langage à l’occasion des repas, insistance sur le développement social et émotionnel en même temps que cognitif, implication très forte des parents.
  • En 1972, un autre projet, le Carolina Abecederian reprend et approfondit cette démarche pour des enfants de 0 à 5 ans, en commençant dès la crèche.

Tous les enfants qui ont bénéficié de ces programmes ont été suivis durant plusieurs décennies, afin de mesurer l’impact du dispositif sur leur destinée. Les résultats sont saisissants : meilleure réussite scolaire, accès à l’enseignement supérieur plus large, chômage plus faible et meilleurs revenus, meilleure santé, moindre risque de délinquance.

Une vision et une méthode pour renouveler la politique de la petite enfance

 
La crèche, en particulier, doit élargir les types de publics accueillis. Trop peu d’enfants issus de milieux pauvres en bénéficient.

La ville de Lyon a ainsi mis en place un système de points pour classer les demandes d’admission en crèche, selon les situations financières des parents, leur situation d’isolement, le handicap éventuel de l’enfant. Ce ne sont donc plus les familles à double revenu parental qui sont prioritaires.

La crèche doit aussi davantage adapter les apprentissages aux enfants. À Lille, les outils pédagogiques de la méthode Carolina Abecederian ont été transposés. Ces séries de jeux éducatifs simples permettent d’encourager l’enfant à imiter les actions des adultes, à jouer avec des balles pour stimuler la motricité fine, à verser de l’eau dans des verres pour comprendre le sens des mots « plus » et « moins », etc.

Pour conclure

 
En expérimentant, en évaluant et en changeant d’échelle, de telles innovations peuvent transformer les crèches en outils cruciaux de lutte contre les inégalités. Le Gouvernement peut en fixer les nouvelles règles et demander au département, collectivité locale chargée de la politique de la petite enfance, sa mise en œuvre.

 

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